La véronique de Perse égaye de son bleu azur les bords de chemin à la sortie de l’hiver, et clôture parfois l’automne. Cette belle petite fleur ordinaire est discrète mais sublime ! Elle pourrait être intéressante pour nous autres humains car elle est très répandue à l’échelle planétaire¹, mais ses usages restent à démontrer.
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Reconnaître la véronique de Perse ²-⁴
La véronique de Perse est une petite plante appartenant au genre Veronica qui compte près de 44 espèces en France. Elle est passée de la famille des Scrophulariacées à celle des Plantaginacées, et est maintenant voisine de plantes comestibles comme les plantains.
Les fleurs de véroniques se reconnaissent à leur 4 pétales qui, en leur centre, possèdent 2 étamines. Le fruit (plusieurs carpelles) forme une capsule en forme de cœur.
La véronique de Perse est facile à distinguer des autres espèces. Elle est proche du sol et rampante, ses fleurs sont solitaires et insérées à l’aisselle des feuilles alternes, grossièrement dentées avec une base en forme de cœur. Parfois, le pétale inférieur est de couleur blanche et contraste avec les autres pétales d’un beau bleu azur, plus ou moins foncé.
Son habitat
Originaire du sud-ouest de l’Asie³,⁵,⁶, la véronique de Perse s’est très bien acclimatée à nos contrées, c’est aujourd’hui la plus commune d’entre-toutes les véroniques. Elle tapisse les bords de chemin, les cultures, les friches, les talus, etc. mais aussi et sûrement vos jardins³.
Dans certaines régions comme la Chine et la Corée, cette petite plante est devenue invasive⁷,⁸.
Une plante bio-indicatrice
La véronique de Perse est une plante bio-indicatrice du sol, c’est-à-dire qu’elle nous donne des renseignements sur l’état de santé du sol.
Elle est plutôt indicatrice d’un niveau d’humidité moyen, d’un pH plutôt neutre et d’un sol fréquemment retourné ou pâturé mais n’indique pas grand chose sur la productivité, l’ensoleillement ou encore la température moyenne du sol⁹,¹⁰.
Des usages limités
Les usages de la véronique de Perse sont peu documentés. Bien qu’elle ne semble pas toxique, le manque d’informations ne permet pas de savoir si cette plante peut être considérée comme une plante comestible du quotidien, au même titre que le pissenlit ou la pâquerette par exemple. À petite dose, elle ne semble pas avoir d’effets secondaires.
Sur le plan médicinal, la science manque également de recul. Certains travaux isolés soulignent l’effet antioxydant¹¹,¹², antibactérien et antifongique¹³ de cette espèce, qui pourrait être efficace contre l’herpès¹⁴. Pour le moment et en l’absence d’autres retours scientifiques sur le sujet, la véronique de Perse ne peut pas être considérée comme une plante médicinale. La véronique de Perse se prête donc plus à la contemplation qu’à la médication ou à la dégustation.
Les usages traditionnels d’une autre véronique
D’autres véroniques sont plus populaires dans le champ de la médecine traditionnelle. C’est notamment le cas de la véronique officinale (Veronica officinalis) aussi appelée “thé d’Europe” en raison des propriétés digestives et toniques supposées de la plante prise sous forme d’infusion¹⁵-¹⁷ Son goût, jugé agréable par Rodin, un médecin du XIXème siècle, associé à de nombreuses autres propriétés (souvent injustifiées), auraient fait sa renommée en Europe à cette époque¹⁷. Elle occupe toujours une place importante dans la pharmacopée traditionnelle des pays des Balkans¹⁸ et appartient à la liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement en France¹⁹. On reconnaît la véronique officinale à ses petites fleurs groupées en grappe, à son calice à 4 dents et à ses feuilles finement dentées et velues³.
La véronique officinale serait donc comestible seulement sous forme de thé. On rencontre aussi dans les écrits du XIXème jusqu’à plus récemment une autre véronique : le cresson de cheval (Veronica beccabunga) qui est comestible⁶. Sa saveur légèrement poivrée, est décrite par Cazin comme “d’abord légèrement acerbe et amère, puis ensuite âcre et piquante comme celle du cresson”¹⁶. Un autre médecin du XIXème siècle, Ernest Duchesne, préconise de consommer les jeunes pousses en salade au printemps, ou de les cuire avec du pourpier (Portulaca oleracea) et du cresson des fontaines¹⁵.
Sur le plan médicinal, bien que l’on trouve dans la littérature mention de certains usages, aucune espèce de véronique ne possède des propriétés validées et reconnues par les autorités européennes.
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Sources
- GBIF. Veronica persica Poir. Global Biodiversity Information Facility. (2023) Disponible sur : https://www.gbif.org/species/3172077.
- MNHN & OFB. Fiche de Veronica persica Poir., 1808 Inventaire national du patrimoine naturel. (2025) Disponible sur : https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/128956.
- Thomas, R., Maillart, M. & Busti, D. Petite flore de France (NE) Belin (2018).
- Tison, J.-M. & de Foucault, B. Flora gallica. Flore de France Biotope (2014).
- Tison, J.-M., Jauzein, P. & Michaud, H. Flore de la France méditerranéenne continentale Naturalia Publications (2014).
- Salehi, B. et al. Veronica Plants—Drifting from Farm to Traditional Healing, Food Application, and Phytopharmacology Molecules. 24, 2454 (2019).
- Liu, Y., Wu, H., Wang, C., Cheng, J. & Qiang, S. A comparative study reveals the key biological traits causing bioinvasion differences among four alien species of genus Veronica in China J. Plant Ecol. 16, rtac068 (2023).
- Kim, L.-R., Park, E.-J., Adhikari, A., Kim, J.-W. & Lee, I.-J. Germination Characteristics of Bird’s Eye (Veronica persica Poir.) and Herbicides Screening for its Management in Korea Weed Turfgrass Sci. 9, 357‑367 (2020).
- Chytrý, M. et al. EUNIS Habitat Classification: Expert system, characteristic species combinations and distribution maps of European habitats Appl. Veg. Sci. 23, 648‑675 (2020).
- Dengler, J. et al. Ecological Indicator Values for Europe (EIVE) 1.0 Veg. Classif. Surv. 4, 7‑29 (2023).
- Fierascu, R. C. et al. Mitodepressive, antioxidant, antifungal and anti-inflammatory effects of wild-growing Romanian native Arctium lappa L. ( Asteraceae ) and Veronica persica Poiret ( Plantaginaceae ) Food Chem. Toxicol. 111, 44‑52 (2018).
- Park, J.-C., Nam, H.-H., Nan, L. & Choo, B.-K. The Functional Effects on Anti-oxidant and Anti-inflammation of Veronica persica Poir. Extracts Korean J. Org. Agric. 26, 661‑676 (2018).
- Sharifi-Rad, J. et al. Veronica persica Poir. extract – antibacterial, antifungal and scolicidal activities, and inhibitory potential on acetylcholinesterase, tyrosinase, lipoxygenase and xanthine oxidase Cell. Mol. Biol. 64, 50‑56 (2018).
- Sharifi-Rad, J. et al. Antiviral activity of Veronica persica Poir. on herpes virus infection Cell. Mol. Biol. 64, 11‑17 (2018).
- Duchesne, E. A. Répertoire des plantes utiles et des plantes vénéneuses du globe Jules Renouard (1836).
- Cazin, F. J. Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes: avec un atlas de 200 planches lithographiées P. Asselin (1868).
- Rodin, H. Les Plantes médicinales et usuelles de nos champs, jardins, forêts ; description et usages des plantes, comestibles, suspectes, vénéneuses J. Rothschild (1872).
- Navaei, N. & Ebrahimzadeh, M. Review of the Ethnopharmacology, Phytochemistry, and Pharmacology of the Veronica officinalis, An update (2020-2024). Tabari Biomed. Stud. Res. J. 6, (2024).
- ANSM. Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement (2025) Disponible sur : https://ansm.sante.fr/uploads/2025/01/02/liste-a-des-plantes-medicinales-utilisees-traditionnellement-janvier-2025.pdf.