L’onagre bisannuelle (Oenothera biennis) est une belle vagabonde qui a traversé l’Atlantique et rejoint l’Europe il y a de ça quelques siècles, pour la plus grande joie des cueilleurs. Car tout est bon dans l’onagre, plante sauvage comestible originaire d’Amérique du Nord1. Le plus étonnant dans cette plante, ce sont ses racines qui ont un goût de… jambon ! Et ce n’est pas tout, on vous en dit plus dans cet article.
Reconnaître et trouver l’onagre
Introduite en Europe au XVIIème siècle, l’onagre s’est propagée et est aujourd’hui une plante abondante que l’on trouve un peu partout en France2,3. Elle pousse dans les milieux sablonneux et exposés au soleil, comme les bords de rivière, les friches et les bords de chemin.
On la reconnaît facilement à ses grandes fleurs dotées de 4 pétales jaune pâle1, dont la beauté est très éphémère : les fleurs s’épanouissent à la tombée de la nuit et ne durent qu’une journée3. La floraison a lieu de juin à septembre4. Moins éphémères, les feuilles aux bords lisses sont visibles toute l’année. Elles sont disposées en une touffe assez typique, spiralée en forme de rosette avec une rangée de grande feuilles à l’extérieur et une autre rangée de feuilles plus petites au centre de la rosette. Toute la plante est velue et mesure de 50 cm à 1,5 m4.
L’onagre bisannuelle, comme son nom l’indique, a un cycle de vie qui s’étale sur 2 années1. Mais l’onagre dispose d’autres petits noms, on l’appelle aussi “l’herbe aux ânes”5 probablement en raison de la forme de ses feuilles qui rappellent celles des oreilles d’âne3. Dans le temps, on l’appelait aussi le “jambon de Saint Antoine” ou “jambon des jardiniers”, en l’honneur du curieux goût de jambon des racines cuites6.
Risques de confusions
On pourrait confondre les feuilles de l’onagre avec celles du pissenlit, mais on les différencie facilement en examinant le bord des feuilles : chez l’onagre, pas de dents, les bords sont entiers tandis que chez le pissenlit, les bords sont dentés. Il existe une autre astuce simple pour ne pas se tromper : casser la feuille et observer s’il en sort un lait blanc appelé latex. Si du lait blanc s’écoule, alors c’est une feuille de pissenlit. Si pas de lait, vous êtes bien en présence de l’onagre. Les feuilles de ces 2 plantes sont dans tous les cas comestibles !
Tout se mange dans l’onagre : racine, fleurs, feuilles et graines
Tout est bon dans l’onagre ! Les racines au fameux goût de jambon (qu’on décrit aussi parfois avec un goût poivré ou de panais), sont comestibles cuites. Les jeunes feuilles tendres se consomment crues ou cuites, tout comme les fleurs7. Et n’oublions pas les graines, un trésor de santé caché dans le fruit en forme de capsule qui peut en contenir une centaine. Les graines de l’onagre sont un super-aliment naturel car elles sont riches en oméga-6, acide gras insaturé essentiel au bon fonctionnement de notre organisme, ainsi qu’en protéines8,9.
Recettes simples avec l’onagre
Les amérindiens connaissaient l’usage de cette plante bien avant qu’elle n’arrive sur le territoire européen8,10. Le peuple Cherokee consommait déjà les jeunes feuilles de l’onagre cuites ou en salade, ainsi que les racines cuites à l’eau à la façon des pommes de terre. D’autres peuples comme les Lakota consommaient les graines comme aromatiques et condiments10.
La cuisine amérindienne inspire des recettes simples, dont certaines sont toujours valables aujourd’hui :
- Les racines cuites peuvent être consommées comme légumes7,8, ou remplacer les viandes si on apprécie leur goût de jambon ;
- Les fleurs ont une saveur très douce, elles ensoleillent à merveille les assiettes et sont parfaites pour décorer les salades et autres garnitures7;
- Les feuilles jeunes et tendres se consomment crues ou cuites7 ;
- Les graines bénéfiques pour la santé peuvent être utilisées en condiments.
Les bienfaits de l’onagre pour la peau
On connaît surtout l’onagre sous forme d’huile vendues dans les commerces et en pharmacie, comme complément alimentaire3,9. Bien qu’elle ne figure pas sur la liste A des plantes utilisées traditionnellement en France11, l’onagre fait partie de la pharmacopée européenne12. On la cultive en Europe et en Amérique du Nord à des fins médicinales pour extraire l’huile de couleur jaune pâle de ses graines3.
Cette huile se conserve à l’abri de la lumière et de la chaleur, et son effet thérapeutique est avéré contre les maladies de peau8,12,13, particulièrement contre les sécheresses cutanées et l’eczéma3,8.
Les peuples amérindiens utilisaient déjà traditionnellement l’onagre pour traiter les problèmes de peau, sous forme de cataplasme ou en décoction10. Aujourd’hui, les études cliniques rejoignent la tradition sur son usage dermatologique, et préconise d’utiliser l’huile d’onagre en application externe8.
Autres usages médicinaux
L’onagre aurait des propriétés anti-inflammatoires, et anti-cholestérol, en extrait alcooliques, elle aurait un pouvoir antioxydant8, mais ces propriétés ne font pas consensus14.
L’huile d’onagre pourrait aussi aider à soigner les symptômes prémenstruels, mais les études restent controversées à ce sujet8,12,14. Les racines sont traditionnellement utilisées pour diminuer les spasmes pendant les règles3.
Elle aurait également un effet protecteur sur l’estomac, d’après des études menées sur le rat8. Traditionnellement, elle était utilisée pour contrer les désagréments et maladies de la sphère digestive, notamment les troubles gastro-intestinaux7,8,15. La plante entière était préparée en infusion contre la diarrhée3.
Il existe d’autres usages médicinaux de l’onagre tirées uniquement de la tradition. Le peuple Cherokee la préparait en infusion pour la perte de poids8,10. En Europe, on trouve mention de propriétés astringentes et sédatives3,15.
Contre indications
L’onagre est contre-indiquée pour les femmes enceintes et allaitantes, les enfants de moins de 12 ans et les personnes sous traitement contre l’épilepsie8.
En bref, l’onagre est une plante sauvage comestible facile à reconnaître, dont la surprenante saveur de jambon est à faire partager avec vos proches, même les végétariens peuvent en profiter ! L’huile d’onagre extraite à partir des graines est une alliée précieuse en cas de problème de peau, et ne manquez pas lors de vos balades en fin de journée, la floraison de cette plante médicinale américaine d’une grande beauté.
Pour aller plus loin
Nous vous rappelons que la cueillette sauvage des plantes sauvages comporte des risques, que vous pouvez découvrir ici les règles et précautions pour la cueillette.
Il est indispensable d’être sûr à 100% de vos identifications avant de consommer une plante.
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Sources
- Tison, J.-M. & de Foucault, B. Flora Gallica. Flore de France Biotope (2014).
- Thomas, R., Maillart, M. & Busti, D. Petite flore de France (NE) Belin (2018).
- Ghedira, K., Goetz, P. & Lejeune, R. Oenothera biennis (Oenotheraceae ou Onagraceae) : onagre Phytothérapie. 9, 238‑243 (2011).
- Nouvelle flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des regions voisines / druk 1 (2012).
- MNHN & OFB. Fiche de Oenothera biennis L., 1753 Inventaire national du patrimoine naturel. (2025) Disponible sur : https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/109911.
- Duchesne, E. A. Répertoire des plantes utiles et des plantes vénéneuses du globe Jules Renouard (1836).
- PFAF. Oenothera biennis – L. Plant For A Future. (2012) Disponible sur : https://pfaf.org/user/Plant.aspx?LatinName=Oenothera+biennis.
- Fleurentin, J. Du bon usage des plantes qui soignent Ouest France (2016).
- Couplan, F. Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées Delachaux (2011).
- Native American Ethnobotany Disponible sur : https://naeb.brit.org/about.
- ANSM. Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement (2024) Disponible sur : https://ansm.sante.fr/pharmacopee/liste-des-plantes-medicinales-utilisees-traditionnellement#L.
- HMPC. Assessment report on Oenothera biennis L. or Oenothera lamarckiana L., oleum European Medicines Agency. (2018) Disponible sur : https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-report/final-assessment-report-oenothera-biennis-l-oenothera-lamarckiana-l-oleum-revision-1_en.pdf.
- Brebon, I. & Fliniaux, M.-A. L’onagre : étude botanique, intérêt thérapeutique de l’huile d’onagre Université d’Amiens (1987).
- Sharifi, M., Nourani, N., Sanaie, S. & Hamedeyazdan, S. The effect of Oenothera biennis (Evening primrose) oil on inflammatory diseases: a systematic review of clinical trials BMC Complement. Med. Ther. 24, 89 (2024).
- Grieve, M. A Modern Herbal Cape (1931).