La bardane : survie, santé, cuisine

La bardane : survie, santé, cuisine

La bardane, petite ou grande, est une plante exceptionnelle et incontournable. Véritable couteau suisse végétal, la bardane n’en est pas moins raffinée en cuisine et se prête à de nombreuses recettes. En plus d’être comestible et délicieuse, elle possède aussi des vertus médicinales. Avec autant d’atouts, il serait dommage de passer à côté de cette plante sauvage qui vaut largement le détour !

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La bardane : une plante imposante

La bardane appartient comme le pissenlit à la grande famille des Astéracées, mais ses fleurs sont violettes et ressemblent plutôt à celles des chardons. Ce sont en réalité un ensemble de petites fleurs (les fleurons) serrées les unes contre les autres, qui sont entourées d’une couronne de bractées, formant un gros capitule (> 2,5 cm)¹. La bardane est une plante sauvage qui se repère facilement, elle peut atteindre 2 m de hauteur. Elle possède de grandes feuilles ovales en forme de coeur à la base avec un dessous blanc et cotonneux. 

Le nom de bardane désigne communément deux espèces aux usages similaires : la grande bardane (Arctium lappa) et la petite bardane (Arctium minus), toutes deux très communes sur notre territoire²

La bardane pousse un peu partout au bord des chemins, des lisières, dans les friches etc¹

Risques de confusions

Ses feuilles ressemblent à celles du rumex à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius), mais on peut constater que celles du rumex à feuilles obtuses n’ont quasiment pas de poils.

On pourrait confondre les feuilles avec celle d’une plante toxique, la digitale pourpre (Digitalis purpurea). Les feuilles de la digitales pourpres sont moins imposantes que celles de la bardane, elles ont une forme plus allongée (lancéolée), un aspect gaufré et duveteux sur les deux faces (inférieure et supérieure). Si les parties végétatives peuvent prêter à confusion, une fois en fleur, il est impossible de les confondre. 

On pourrait éventuellement la confondre avec le cirse commun (Cirsium vulgare), une espèce de “chardons” qui fait aussi partie de la famille des Astéracées et dont le capitule de couleur rose violet rappelle celui de la bardane. Pour les différencier, rien de tel qu’un petit rappel à l’ordre par le toucher, car le capitule est très piquant chez le cirse commun, contrairement à celui de la bardane. Et si le doute persiste, il suffit d’observer les feuilles, entières chez la bardane et découpées chez le cirse commun. 

Et si cela peut vous rassurer, le rumex à feuilles obtuses et le cirse commun sont deux plantes sauvages également comestibles (pour en savoir plus sur les usages de rumex à feuilles obtuses et du cirse commun, vous pouvez consulter nos articles “Les rumex, oseilles sauvages” et “Recettes de verrines aux chardons ou cirses”.

Une plante utile !

La bardane est une plante multi-usages qui a un premier avantage : quasiment toutes les parties de la plante, racines, tiges, feuilles et fleurs sont comestibles, et il y a matière à se mettre sous la dent. 

La tige lorsqu’elle est assez grosse et encore souple, peut être pelée et consommée crue, tout comme la racine. Elles ont toutes deux une saveur amère légèrement sucrée et qui rappelle celle de l’artichaut. Pour les feuilles, mieux vaut les faire cuire si l’on est sensible à l’amertume, mais elles se consomment aussi fraîches et sont très aromatiques.

Le deuxième avantage, ce sont ses grandes feuilles douces et soyeuses qui fournissent le papier toilette naturel le plus qualitatif qui soit. En cas d’envie pressante, les feuilles de bardane sont une bonne solution de secours.

Troisième avantage : ses feuilles épaisses et imperméables s’adaptent à tous types de météo. Elles font un excellent couvre tête, que ce soit en bob pour protéger du soleil ou en parapluie pour se protéger des intempéries. 

Enfin, on peut remplacer nos assiettes, comme le font de nombreuses cultures sous les tropiques avec la feuille du bananier par la feuille de bardane, pour un repas zéro déchet et un couvert 100 % comestible !

La bardane en cuisine 

Autrefois cultivée comme légume dans les jardins, et bien avant cela, par nos ancêtres durant le Néolithique³,, la bardane est aujourd’hui tombée dans l’oubli. Ses feuilles, ses racines et sa tige se prêtent pourtant à de nombreuses recettes. 

  • Les feuilles cuites dans de l’eau bouillante  pour enlever l’amertume (blanchir 2 min) peuvent être préparées en tarte, en gratin, en chausson ou ajoutées dans les sauces. On peut aussi les utiliser comme des feuilles de nori (Porphyra dioica agg.). Il suffit de les blanchir, puis de les couper en carré et y déposer du riz, des légumes ou du poisson cru et les rouler. La feuille tient bien sans mettre de pique. Les feuilles se dégustent également telles quelles, simplement revenues à la poêle.
  • Les tiges peuvent être cuites à la vapeur, sautées à la poêle, ou se déguster crues dans des salades ou en apéro, trempées dans une sauce à la moutarde, de la même manière que les artichauts. 
  • La racine se consomme crue ou cuite à la vapeur ou à la poêle, en purée. Elle se prête bien à la lactofermentation. Les racines torréfiées, comme celles du pissenlit, fournissent un bon succédané du café¹⁰. 

Conseils pratiques pour la cueillette 

La bardane est une plante sauvage bisannuelle, autrement dit, son cycle de vie s’étale sur deux années civiles. Pour la racine il est préférable de la récolter avant que la tige ne se développe lors du printemps de la 2ème année, et avant la floraison qui a lieu dès la fin juin et jusqu’au mois de septembre¹. Elle est, à l’image des parties supérieures, imposante et mesure entre 30 et 50 cm de long, mieux vaut donc se munir d’une pelle pour la récolter. 

À l’inverse, on ne pourra récolter la tige qu’à partir du printemps de la 2ème année. C’est le moment où celle-ci se développe afin de porter les inflorescences qui feront place aux fruits protégeant la graine, une dernière étape qui signe la fin de vie de la plante. 

La récolte des feuilles, haut lieu de la photosynthèse pour la plante, se réalise tout au long des deux années. 

Bienfaits médicinaux de la bardane

Les feuilles et la racine de bardane sont inscrites sur la liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement en France⁵, mais l’usage des feuilles restent plus en marge car moins étudiées. 

La racine, en revanche, est intéressante car elle possède certaines propriétés médicinales sur le plan de la médecine traditionnelle. 

Elle est déjà connue dans l’Antiquité pour traiter les problèmes de peau : Dioscoride préconise d’appliquer la racine en cataplasme pour soigner les brûlures et les engelures⁶. La bardane fait partie des plantes potagères et médicinales que l’on recommandait de cultiver dans les jardins royaux sous Charlemagne⁷,.  

On l’utilise aujourd’hui contre l’acnée, le psoriasis ou l’eczéma⁹-¹², sous forme de décoction ou d’alcoolature. Pour l’alcoolature, la racine fraîche est coupée et laissée à macérer dans de l’alcool pendant trois semaines, puis diluée dans de l’eau avant d’être appliquée sur la peau). Vous pouvez ajuster à votre convenance selon la sensation ressentie sur la peau (environ 25 à 45  %)¹³.

La bardane est aussi une plante qui protège et stimule le foie, tout en ayant une action diurétique¹¹,¹³. On peut également y avoir recours en cas de perte d’appétit¹³

Les extraits de racines auraient une action hypoglycémiante, c’est-à-dire qu’elle pourrait agir sur la glycémie et aider à faire baisser le taux de sucre dans le sang¹¹

La bardane est aussi présente dans certains produits cosmétiques qui visent à stimuler la croissance capillaire. Feuilles et racines sont vendues comme compléments alimentaires en pharmacie et en magasin bio, sous forme de gélules, de poudre ou d’infusions en vrac. 

L’utilisation de la bardane en médecine est historique, et ses propriétés dermatologiques (traitement des troubles séborrhéiques de la peau), diurétiques et contre la perte d’appétit  sont aujourd’hui reconnues par les autorités sanitaires européennes¹³.

Précautions et contre-indications éventuelle

La racine de la bardane est contre-indiquée chez les femmes enceintes et en cas d’allergie aux plantes appartenant à la famille des Astéracées¹³. Par manque d’informations, elle est déconseillée aux moins de 18 ans. 

Anecdotes

Les fruits de la bardane sont très amusants, car ils s’accrochent aux vêtements et ont inspiré le fameux velcro⁷. Ils sont au départ destinées à s’accrocher aux poils des animaux, ce qui facilite la dispersion de la plante (on parle de zoochorie). 

Le nom grec de la bardane Arctium lappa s’appuie en grande partie sur l’observation des infrutescences, car le nom de genre Arctium, qui signifierait oursin ferait allusion à l’aspect poilu ou piquant de la plante ou de son infrutescence¹⁴. L’adjectif épithète lappa vient du grec lapbanein qui signifie “prendre”, il fait référence au caractère collant des infrutescences qui se “prennent” dans les vêtements¹⁴.

La bardane est donc une plante sauvage indispensable et tout terrain, qui offre confort, régal, santé et divertissement.

Pour aller plus loin

Nous vous rappelons que la cueillette sauvage comporte des risques. Vous pouvez découvrir ici les règles et précautions pour la cueillette. Il est indispensable d’être sûr à 100% de vos identifications avant de consommer une plante, quelle qu’elle soit.

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Sources

  1. Tison, J.-M. & de Foucault, B. Flora gallica. Flore de France Biotope (2014).
  2. Thomas, R., Maillart, M. & Busti, D. Petite flore de France (NE) Belin (2018).
  3. Churchill, S. E. Thin on the Ground: Neandertal Biology, Archeology, and Ecology Wiley (2014).
  4. Cagnato, C., Hamon, C., Salavert, A. & Elliott, M. Developing a Reference Collection for Starch Grain Analysis in Early Neolithic Western Temperate Europe Open Archaeol. 7, 1035‑1053 (2021).
  5. ANSM. Liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement (2025) Disponible sur : https://ansm.sante.fr/uploads/2025/01/02/liste-a-des-plantes-medicinales-utilisees-traditionnellement-janvier-2025.pdf.
  6. Dioscorides, P., Osbaldeston, T. A. & Wood, R. P. A. De Materia Medica: Being an Herbal with Many Other Medicinal Materials Written in Greek in the First Century of the Common Era Ibidis (2000).
  7. Menapace, L. La bardane Bnf Gallica. (2024) Disponible sur : https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/la-bardane.
  8. Guislain, A. Pour une étude de l’histoire de la pharmacie en Belgique J. Pharm. Belg. (1957).
  9. HMPC. EMA – Arctii radix European Medicines Agency. (2011) Disponible sur : https://www.ema.europa.eu/en/medicines/herbal/arctii-radix.
  10. Goetz, P. & Hadji-Minaglou, F. Conseil en phytothérapie : Guide à l’usage du prescripteur Lavoisier Tec & Doc (2019).
  11. Fleurentin, J. Du bon usage des plantes qui soignent Ouest France (2016).
  12. Hoffmann, D. Medical Herbalism : The science principles and practices of herbal medicine hardcover Healing Arts (2003).
  13. HMPC. Community herbal monograph on Arctium lappa L., radix European Medicines Agency. (2010) Disponible sur : https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-monograph/final-community-herbal-monograph-arctium-lappa-l-radix_en.pdf.
  14. Ferrari, J.-P. Dictionnaire Etymologique de la Flore Française Lechevalier (1984).

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